Amour toujours. Ou pas.
Amour toujours. Ou pas
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Deux corps nus, côte à côte, semblent partager une même histoire. Mais connaissent-ils vraiment l’autre ? La question vaut pour l’amour comme pour l’amitié : derrière les apparences, derrière les sourires et les gestes familiers, que savons-nous de celui ou de celle qui nous accompagne ? Que pense-t-il ? Que désire-t-elle ? Que taisent-ils ?
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Si vous me suivez régulièrement — il y en a au moins trois ! — vous savez que le masque revient souvent dans mon travail. J'aime les chercher, les rencontrer, les dessiner — j'en ai même quelques-uns chez moi. Mais au-delà de l'objet, c'est le masque social qui m'intéresse : celui que nous arborons chaque jour, celui derrière lequel nous dissimulons ce qui pourrait troubler l'image que nous souhaitons donner de nous-mêmes.
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Nous rions. Nous paraissons heureux. Nous nous montrons dynamiques, assurés, parfaitement à notre place. Et derrière cette façade, nous enfouissons nos failles, nos fêlures, nos fragilités, nos petites misères et parfois nos chagrins. Nous avançons ainsi, visage offert et vérité tenue à distance.
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Dans cette œuvre, pourtant, le masque accroché au mur n'est pas un accessoire. C'est le véritable visage des deux personnages. À leur place, sur leurs corps, leurs têtes semblent se dissoudre dans le décor, comme si l'amour lui-même avait commencé à effacer les contours de leur identité.
Car l'amour, dit-on, fait perdre la tête.
J'espère qu'une fois ou deux, vous l'avez perdue. Et, surtout, que vous l'avez retrouvée. Ça peut toujours servir.
Mais combien de temps dure l'amour ? Trois ans, dit Beigbeder. Trois ans pour que les battements
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s'apaisent, que les certitudes se fissurent, que les chemins commencent peut-être à diverger. Trois ans… ou toute une vie. Qui sait ?
Le décor, lui, ne promet rien. Un mur de béton fissuré, rugueux, sans chaleur, sur lequel les corps semblent peu à peu s'effacer. Ils ne projettent aucune ombre. Leur présence devient incertaine, presque spectrale : ils sont là sans tout à fait y être.
Comme si l'amour, plutôt que de rapprocher deux êtres, pouvait parfois les rendre fantomatiques.
Les visages-masques, privés de bouche, prolongent cette étrangeté. Ils regardent sans parler. Ils sont les visages véritables, mais ils ne disent rien. Peut-être parce que nous ne savons jamais complètement ce qui se passe derrière le visage de l'autre. Peut-être aussi parce que certaines choses, dans l'amour comme dans la vie, restent obstinément sans paroles.
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Jusqu'aux pieds qui semblent hésiter à prendre appui sur le sol. Le bas des jambes se brouille, devient incertain, comme si les personnages ne savaient plus très bien où aller. Une fragilité qui n'est peut-être pas seulement la leur. Nous sommes nombreux à avancer ainsi, dans un monde qui multiplie les questions sans toujours offrir les réponses, et qui semble parfois manquer cruellement de perspectives.
Et puis il y a les panneaux.
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Deux petits panneaux de signalisation, suspendus à des fils, comme des injonctions dérisoires dans ce paysage de béton. Ils indiquent une direction. Mais ils sont mobiles. Il suffit d'un mouvement pour qu'ils se retournent et indiquent le contraire. Et l'on peut même les retirer.
Plus de sens.
J'aime ce jeu presque enfantin avec la signalétique. Il introduit dans l'œuvre une forme d'humour, mais aussi une ambiguïté : dans une histoire d'amour, qui décide de la direction ? Faut-il nécessairement regarder du même côté pour continuer ensemble ? Peut-on bifurquer sans que l'autre vous suive ? Et qui décide que le chemin choisi est le bon ?
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Ces panneaux parlent évidemment de fidélité. De celle que l'on partage, de celle que l'on accepte, de celle que l'on subit aussi. Car ce qui est liberté pour l'un peut être trahison pour l'autre. La fidélité n'est jamais tout à fait une affaire individuelle : elle se construit à deux, dans cet espace fragile où les désirs, les attentes et les promesses tentent de cohabiter.
Et puis il y a le désir.
La sexualité.
Cette grande affaire de l'existence, que l'on voudrait parfois réduire à quelques règles, quelques interdits, quelques directions obligatoires. Un besoin fondamental de la vie, disent les psychiatres.
Mais laquelle ?
Celle que l'on nous indique ?
Celle que l'on choisit ?
Ou celle que l'on perd en chemin ?
Amour toujours. Ou pas.
50x65 cm.
Technique mixte sur papier.
2026.
Ces amours seront présentées au festival SPLASH. A Marseille à partir du 21 septembre.
En attendant, je vous souhaite une bonne fin de WE et vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures.