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Les Carnets d'Art de Gier
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13 septembre 2026

Amour toujours. Ou pas.

Amour toujours. Ou pas

Deux nus. H et F. Sans tête. Celles-ci sont accrochées au mur

Deux corps nus, côte à côte, semblent partager une même histoire. Mais connaissent-ils vraiment l’autre ? La question vaut pour l’amour comme pour l’amitié : derrière les apparences, derrière les sourires et les gestes familiers, que savons-nous de celui ou de celle qui nous accompagne ? Que pense-t-il ? Que désire-t-elle ? Que taisent-ils ?

Deux nus. H et F. Sans tête. Celles-ci sont accrochées au mur

 

 

 

 

 

 

Si vous me suivez régulièrement — il y en a au moins trois ! — vous savez que le masque revient souvent dans mon travail. J'aime les chercher, les rencontrer, les dessiner — j'en ai même quelques-uns chez moi. Mais au-delà de l'objet, c'est le masque social qui m'intéresse : celui que nous arborons chaque jour, celui derrière lequel nous dissimulons ce qui pourrait troubler l'image que nous souhaitons donner de nous-mêmes.


Nous rions. Nous paraissons heureux. Nous nous montrons dynamiques, assurés, parfaitement à notre place. Et derrière cette façade, nous enfouissons nos failles, nos fêlures, nos fragilités, nos petites misères et parfois nos chagrins. Nous avançons ainsi, visage offert et vérité tenue à distance.

Portrait-masque suspendu.

 

Dans cette œuvre, pourtant, le masque accroché au mur n'est pas un accessoire. C'est le véritable visage des deux personnages. À leur place, sur leurs corps, leurs têtes semblent se dissoudre dans le décor, comme si l'amour lui-même avait commencé à effacer les contours de leur identité.
Car l'amour, dit-on, fait perdre la tête.
J'espère qu'une fois ou deux, vous l'avez perdue. Et, surtout, que vous l'avez retrouvée. Ça peut toujours servir.
Mais combien de temps dure l'amour ? Trois ans, dit Beigbeder. Trois ans pour que les battements

Portrait-masque suspendu.

s'apaisent, que les certitudes se fissurent, que les chemins commencent peut-être à diverger. Trois ans… ou toute une vie. Qui sait ?
Le décor, lui, ne promet rien. Un mur de béton fissuré, rugueux, sans chaleur, sur lequel les corps semblent peu à peu s'effacer. Ils ne projettent aucune ombre. Leur présence devient incertaine, presque spectrale : ils sont là sans tout à fait y être.
Comme si l'amour, plutôt que de rapprocher deux êtres, pouvait parfois les rendre fantomatiques.
Les visages-masques, privés de bouche, prolongent cette étrangeté. Ils regardent sans parler. Ils sont les visages véritables, mais ils ne disent rien. Peut-être parce que nous ne savons jamais complètement ce qui se passe derrière le visage de l'autre. Peut-être aussi parce que certaines choses, dans l'amour comme dans la vie, restent obstinément sans paroles.

Jusqu'aux pieds qui semblent hésiter à prendre appui sur le sol. Le bas des jambes se brouille, devient incertain, comme si les personnages ne savaient plus très bien où aller. Une fragilité qui n'est peut-être pas seulement la leur. Nous sommes nombreux à avancer ainsi, dans un monde qui multiplie les questions sans toujours offrir les réponses, et qui semble parfois manquer cruellement de perspectives.
Et puis il y a les panneaux. 

Deux nus. H et F. Sans tête. Celles-ci sont accrochées au mur


Deux petits panneaux de signalisation, suspendus à des fils, comme des injonctions dérisoires dans ce paysage de béton. Ils indiquent une direction. Mais ils sont mobiles. Il suffit d'un mouvement pour qu'ils se retournent et indiquent le contraire. Et l'on peut même les retirer.
Plus de sens.
J'aime ce jeu presque enfantin avec la signalétique. Il introduit dans l'œuvre une forme d'humour, mais aussi une ambiguïté : dans une histoire d'amour, qui décide de la direction ? Faut-il nécessairement regarder du même côté pour continuer ensemble ? Peut-on bifurquer sans que l'autre vous suive ? Et qui décide que le chemin choisi est le bon ?

Deux nus. H et F. Sans tête. Celles-ci sont accrochées au mur

Ces panneaux parlent évidemment de fidélité. De celle que l'on partage, de celle que l'on accepte, de celle que l'on subit aussi. Car ce qui est liberté pour l'un peut être trahison pour l'autre. La fidélité n'est jamais tout à fait une affaire individuelle : elle se construit à deux, dans cet espace fragile où les désirs, les attentes et les promesses tentent de cohabiter.
Et puis il y a le désir.
La sexualité.
Cette grande affaire de l'existence, que l'on voudrait parfois réduire à quelques règles, quelques interdits, quelques directions obligatoires. Un besoin fondamental de la vie, disent les psychiatres.
Mais laquelle ?
Celle que l'on nous indique ?
Celle que l'on choisit ?
Ou celle que l'on perd en chemin ?
Amour toujours. Ou pas.

50x65 cm.

Technique mixte sur papier. 

2026.

Ces amours seront présentées au festival SPLASH. A Marseille à partir du 21 septembre.

En attendant,  je vous souhaite une bonne fin de WE et vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures. 

 

 

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Commentaires
C
Je passe en catimini pour te rassurer. Je vais bien. Je suis en vacances, pas complètement déconnectée mais presque. Et ça fait un bien fou.<br /> Avec mon amoureux, on dure depuis huit ans, on a déjà explosé Beigbeder et sa phrase pessimiste.<br /> Pour ce qui est des masque sociaux, c'est sans doute une façon de se protéger...je suis assez d'accord avec Myrte. On a des secrets nécessaires. <br /> Bisettes à tous les trois, je reviens bientôt.
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G
Avec madame on en est à 28 ans de vie commune ! Et 4 pitchouns et pitchounnes pour ponctuer l'affaire !<br /> Oui, les secrets nécessaires, je lui ai dit que la formule est bien. Et sans doute très vraie.<br /> <br /> Bonnes vacances !
M
Ton billet m’incite à m’interroger sur ce que je montre de moi. J’avais lorsque je travaillais le sentiment d’avoir un masque pour ma vie professionnel et un autre pour le reste. <br /> Et aujourd’hui ?<br /> Dans ma vie avec celui qui partage ma vie j’ai l’impression de ne pas en porter mais à bien y réfléchir, nous ne nous montrons pas toutes nos pensées, nous avons des secrets nécessaires…<br /> Sous un naturel plutôt joyeux et rieur, j’ai une part très sombre en moi. Je pense que nous avons tous des zones d’ombres et de lumières.<br /> Je ne sais pas si l’amour dure trois ans, je sais juste qu’il n’est pas un long fleuve tranquille, qu’il évolue au fil du temps (comme l’amitié du reste) et que nous sommes nous-mêmes les artisans de cet amour.<br /> Je suis toujours admirative de tes dessins et j’aime beaucoup le jeu de jambes dans ce dernier.<br /> Bonne expo le 21 septembre !
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G
Si je devais garder une chose de ce commentaire, c'est "... nous avons des secrets nécessaires ...". Belle formule. Très belle. Intéressante. <br /> Nous avons tous des masques. J'en porte aussi. Parce qu'enplus j'aimebien segmenter ma vie et qu'ellesne se chevauchent pas (vie perso, familiale, artistique, professionnelle...). Faut bien survivre ! Et peut-être même qu'il faut se dissimuler à soi-même. <br /> <br /> Et merci pour les compliments !
A
Le problème c'est peut-être quand on recherche en l'autre le miroir de nous-mêmes pour mieux nous aimer personnellement et accessoirement un petit peu plus à travers l'autre.<br /> C'est peut-être la passion amoureuse qui ne dure que trois ans. Ensuite, la passion : ça fatigue l'un et l'autre. Soit ils préfèrent aller voir ailleurs pour recommencer la même chose, soit ils optent ensemble pour poursuivre et aller au-delà de leurs apparences, et des masques qui les déguisent, pour trouver autre chose qui unisse. Et alors il faut créer ensemble les nouveaux visages. Et dans ce cas il y en a pour bien des années des années pour dessiner à deux, chacun le visage de l'autre… c'est alors que ça devient… passionnant…<br /> mais la mort de l'amour, c'est le silence et le mensonge.<br /> Sinon ton dessin est très… parlant enfin… dessinant !…
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G
La passion, c'est le moment merveilleux qui précède celui où une torpille coule le bateau en 5 mn. <br /> L'amour, c'est quand tu réaménages le bateau sans arrêt par ce que l'autre t'apporte et réciproquement. Et chaque fois tu fais : Whaou... maiis c'est génial ! C'est génial, mais..... et zou maï !
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